LA MAISON
Le Royaume qui ne vient pas / Ez datorren erreinua est une maison d’édition de philosophie politique installée à Urepel, au Pays Basque Nord.
Elle est née d’une conviction simple : les mots avec lesquels nous décrivons le monde ne sont jamais tout à fait neutres.
Propriété, travail, personne, identité, communauté, valeur, gouvernement : ces catégories ne servent pas seulement à nommer ce qui existe. Elles contribuent aussi à organiser notre manière de vivre, de penser et de nous rapporter les uns aux autres.
Publier de la philosophie politique consiste, pour nous, à rouvrir ces catégories et à rendre à nouveau pensable ce qu’elles tendent à présenter comme évident.
De la philosophie politique
La politique ne se réduit pas ici aux institutions, aux élections, aux partis ou au commentaire de l’actualité.
Nous nous intéressons à quelque chose de plus élémentaire : aux formes que prend la vie commune et aux dispositifs qui les organisent.
Pourquoi nous pensons-nous comme des individus séparés ? Comment certaines identités deviennent-elles des évidences ? Que signifie posséder quelque chose ? Qu’est-ce qu’une communauté qui ne reposerait pas sur une identité commune ? Comment le travail, la technique ou la valeur façonnent-ils notre expérience du monde ?
La philosophie politique commence lorsque ce qui paraissait aller de soi redevient une question.
Une politique sans finalité
Une grande partie de la politique moderne s’est construite autour d’une promesse : le présent devait être organisé en fonction d’un avenir à réaliser.
Progrès, développement, révolution, croissance ou société idéale ont pu prendre des significations très différentes, mais partagent souvent une même structure : ce qui existe aujourd’hui reçoit son sens d’une fin située ailleurs ou plus tard.
Nous cherchons à explorer une autre possibilité.
Une politique sans finalité ne signifie ni l’inaction ni le renoncement à transformer le monde. Elle consiste à ne plus mesurer le présent à partir d’un modèle qui devrait un jour s’accomplir.
Elle porte plutôt son attention sur les formes de vie qui existent déjà, sur leurs possibilités, leurs conflits, leurs transformations et sur ce qui peut apparaître lorsque les fonctions et les identités auxquelles nous sommes assignés cessent d’aller de soi.
Il ne s’agit pas de déterminer à l’avance ce qui doit venir, mais de rendre possible ce qui peut advenir.
Un royaume qui ne vient pas
Le nom de la maison condense cette orientation.
Le Royaume ne vient pas parce qu’il n’est pas à attendre.
Il ne désigne ni un monde idéal reporté dans l’avenir, ni une totalité enfin réconciliée qu’il faudrait atteindre.
Ce qui importe se joue dans le présent : dans les usages que nous pouvons déplacer, les catégories que nous pouvons désactiver, les relations qui peuvent se recomposer et les formes de vie qui peuvent apparaître.
Le nom français et son équivalent basque — Ez datorren erreinua — ne décrivent donc pas une attente déçue. Ils invitent au contraire à cesser d’attendre.
Entre le français et l'euskara
La maison travaille entre deux langues.
Lorsqu’un texte existe déjà en français mais demeure inaccessible en euskara, nous cherchons à le faire passer vers le basque. Inversement, un texte basque peut être publié en français lorsqu’il mérite d’y circuler.
Pour les textes inédits, une publication dans les deux langues reste possible.
Notre objectif n’est donc pas de produire mécaniquement deux versions de chaque livre, mais de faire circuler les textes là où ils manquent.
La traduction n’est pas pour nous une opération secondaire. Elle déplace un texte, l’introduit dans une autre histoire et lui permet de rencontrer d’autres lecteurs.
Faire des livres
Nous accordons enfin une attention particulière au livre comme objet.
Choix du papier, typographie, reliure, couverture et mise en page participent de l’expérience de lecture. À une époque où les textes circulent de plus en plus sous des formes rapides, fragmentaires et interchangeables, fabriquer un livre est aussi une manière de donner du temps et une forme à la pensée.
Lire, traduire, publier et discuter sont les différentes dimensions d’un même travail de circulation.