Le royaume qui ne vient pas
« Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue. »
Le royaume qui ne vient pas
Dans les Évangiles, Jésus parle sans cesse du Royaume des Cieux. Après sa mort, les Actes des Apôtres témoignent du désarroi des disciples — entre attente et doute. Paul, dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens, tentera de contenir cette tension par la notion de parousie, l’attente du retour. Depuis lors, l’Occident n’a cessé de différer la vie au nom d’un “après” meilleur que le présent. Cette structure de l’attente ne s’est pas éteinte avec le déclin du religieux. Elle constitue le cœur battant de tous les mouvements révolutionnaires des trois derniers siècles. De l’utopie socialiste aux avant-gardes du XXe siècle, du progressisme libéral au transhumanisme contemporain, partout la même promesse : demain sera meilleur qu’aujourd’hui, à condition de sacrifier aujourd’hui à demain. Nous refusons cette logique. Non par pessimisme — le monde ne manque pas de prophètes du pire. Non par nihilisme — nous ne célébrons pas la destruction. Mais par lucidité : le Royaume ne viendra pas parce qu’il est déjà là. C’est à nous qu’il revient de l’habiter.
